Béatrice Roux, la couture au fil de soi

Publié: 25 juillet 2017 dans Portraits
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Installée dans le village de Mâlain, elle met le meilleur d’elle-même dans des créations personnalisées pour enfants et adultes, du monstre gentil jusqu’au costume médiéval. Non sans humour, elle aime à se qualifier de « créatrice d’objets qui n’existent pas ».

Portrait paru dans Le Journal du Palais de Bourgogne-Franche-Comté – Juillet 2017.

Elle me reçoit dans la boutique aménagée dans sa maison à Mâlain, à une trentaine de minutes de Dijon. Cheveux lisses et yeux légèrement en amande cadeaux de ses ancêtres vietnamiens, elle porte une robe à motifs qui lui va comme un gant, et pour cause : « J’ai créé pour l’été des modèles que je réalise sur mesure ». Car Béatrice Roux est comme cela, elle crée de ses mains ce qu’elle imagine pour elle et pour les autres. La première fois qu’elle a vraiment rencontré l’aiguille, c’est en 2015. Elle vient de quitter l’entreprise où elle travaille depuis plusieurs années comme déléguée au développement pour décrocher d’une vie professionnelle à l’intensité presque addictive.

« J’ai rangé tous les placards, rempoté toutes les plantes », confie-t-elle en souriant, « mais cela ne suffisait pas, alors je me suis mise à fabriquer un coussin pour ma fille. Et Ralf est né ».

Ralf, c’est ce joli monstre à rayures, aux dents soigneusement dessinées et aux faux airs de requin et de crabe (photo). Sa sœur lui prête sa vieille machine à coudre et, inspirée par sa fille, elle fabrique d’autres monstres gentils aux noms évocateurs de Tinky (corbeau) ou Balèze. Elle fait des sacs, des bracelets avec les chutes de tissus, des trousses, d’autres coussins. Des objets tellement réussis qu’on lui propose de faire le marché de Noël de Fleurey-sur-Ouche en 2016. Pour voir. « Et là je vends presque tout et je me dis : il y a quelque chose à faire ». De quelques objets créés un peu au hasard, elle commence à formaliser ce qu’elle a envie de dire d’elle-même.

« Je veux qu’on sente le côté poésie décalée. Je veux un monde doudou mais pas mielleux, des monstres mais qui ne font pas peur, des objets pratiques et beaux mais surtout confortables ».

Elle baptise son activité Les Créé’Natures du Grenier de Mâlain, du nom du village bien connu des amateurs de fêtes médiévales. Au départ,  elle s’adresse aux enfants mais très vite ce sont les adultes qui viennent la voir pour offrir une création personnalisée.  « Ce que j’essaie de faire, c’est de proposer à mes clients exactement ce qu’il leur faut ».  Ses créations s’adressent à tous les âges, avec un univers très féminin. Toujours des objets de décoration, coussins-nuage pour soulager la nuque, chats- licornes, caméléons, moutons, renards, tout  le bestiaire prend vie.  Mais aussi des objets plus intimes, sacs, porte-monnaie, porte-clés, bracelets, bijoux.

La fibre commerciale

Cette capacité à entendre et à écouter ce que veut l’autre, Béatrice Roux la tire d’une forte expérience commerciale qui lui a fourni maintes occasions de la cultiver. Elle passe quelques années dans l’univers du vin – elle est titulaire d’un deug et d’une spécialisation vigne et vin obtenue à Avignon – où elle crée ex-nihilo un service d’audits et de conseils en hygiène pour l’interprofession des vins du sud de la France.

Elle y décroche au passage une bourse Cortechs, permettant de financer pendant un an un projet technologique innovant.  On lui propose alors de prendre la responsabilité technico-commerciale de tout le grand sud pour Johnson Diversey. L’entreprise est l’un des leaders mondiaux  des process de nettoyage et désinfection pour les industries agro-alimentaire, pharmaceutique et cosmétique.

Elle enchaine un deuxième poste commercial trois ans plus tard chez un fabricant italien de matériel pour les laboratoires publics et privés de recherche médicale. D’autant qu’il s’agit cette fois de créer un bureau en France où il n’y a qu’un distributeur. L’aventure est belle, même si la vie est un peu compliquée avec un mari à Saint-Malo, un bureau à Lyon et un secteur Sud de Bordeaux à Grenoble. Autant dire un rythme de vie endiablé qui n’est pas pour lui déplaire : « Je gagnais très bien ma vie, je n’avais presque pas de vie sociale mais pas vraiment le temps d’y réfléchir ! » dit-elle aujourd’hui avec le recul. Une grossesse et une naissance difficiles auront raison de ses plannings de ministre : « Ma deuxième vie commence là, le jour de la naissance de ma fille ».

Pas tout à fait quand même puisqu’elle engrange encore quelques expériences, dans des fonctions commerciales où elle décroche gros contrats et podiums nationaux. Mais une petite voix intérieure plutôt têtue continue de lui dire de ralentir le rythme et, après la fibre commerciale, d’écouter un peu plus sa deuxième fibre, celle des objets et de la couture.

« Depuis toute petite je récupère et fabrique des objets. C’est comme un retour aux sources », confie-t-elle, d’autant qu’elle s’autorise enfin à cultiver son imaginaire.

Quand on lui demande comment définir son activité, elle répond tour à tour, avec malice et humour, provocatrice de rêves,  créatrice de bonheur  – « tant qu’à faire soyons modeste ! » – ou  licorne : « Parce que les licornes n’existent pas et que je crée des objets qui n’existent pas,  donc je suis une licorne ». Sans oublier de terminer par le don de soi, un fil rouge dont elle tisse toutes ses créations.

 

Collection et costumes

Coup de pouce du hasard ou du destin, son investissement bénévole dans l’organisation de la fête médiévale de Mâlain lui offre l’écrin qu’il lui fallait.

« J’ai appelé mon activité Les Créé’Natures du Grenier de Mâlain  parce que j’aime laisser transparaître le naturel, le mien et celui des créations. Et Grenier de Mâlain parce que je suis très attachée à ce village et à sa Foire des sorcières, qui va tout à fait avec mon univers ».

Ici elle crée ses objets uniques, reçoit ses clients, prépare les marchés et les expositions pour les comités d’entreprise, organise des ateliers créatifs. Depuis quelques temps, elle  adjoint un nouveau fil à son arc, celui du prêt-à-porter et du costume. Elle vient de créer une collection de pochettes et étoles « soirées d’été », ainsi que des modèles de robes sur-mesure du même nom. Cette année, elle a animé des ateliers couture et réalisé quinze costumes pour  la fête médiévale, faune, sorcières, guerrier, tuniques et robes médiévales, paysan, génie de l’eau. Tout cela pourrait déboucher demain, à Mâlain ou ailleurs, sur des horizons plus professionnels.

« Maintenant, je revendique vraiment l’étiquette de costumière. J’aimerais avoir un partenariat ici à Mâlain sur la création de costumes, mais aussi auprès d’autres fêtes ou troupes de théâtre. La robe médiévale n’a plus de secret pour moi ».

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commentaires
  1. Claire MR dit :

    Superbe article! Quand le reve devientcréalité. Tres belle histoire inspirante
    😀

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