Chouette, une monnaie locale complémentaire à Dijon

Publié: 1 décembre 2016 dans Ecriture web, Tiers secteur/ESS
Tags:, , , , , ,

La Chouette, emblème de la ville, a donné son nom à la monnaie locale dijonnaise, à l’issue d’une consultation sur internet. Photo S.Kermarrec.

Une monnaie, nous en avons une, l’Euro. Alors pourquoi vouloir en créer une autre ? Parce qu’une monnaie locale crée des flux locaux de richesse et de nouvelles relations entre les gens. A Dijon, un groupe de personnes veut lancer La Chouette et espère bien, dès 2017, grossir les rangs de la quarantaine de monnaies locales complémentaires déjà en activité en France. Reste à convaincre des citoyens de la faire circuler, qu’ils soient vendeurs ou consommateurs.

Ce soir à la Péniche Cancale, une salle de spectacles sous statut SCIC bien connue à Dijon, des artisans, commerçants, associations et simples citoyens se sont laissés convaincre de venir écouter de quoi est fait ce projet de monnaie locale.

Et à n’en pas douter, La Chouette a besoin d’eux, car pour faire circuler une monnaie, pas de secret, il faut des utilisateurs !

A Lyon, en un an, les créateurs de la Gonette ont réussi à tisser un réseau de 180 magasins, bars, restaurants mais aussi fournisseurs de services, garagistes, qui acceptent de la prendre comme monnaie alternative à l’euro. En face, 2.500 utilisateurs réguliers peuvent acheter avec La Gonette et changer leurs euros auprès de 55 comptoirs de change.

Dijon pourra-t-elle faire aussi bien ? Dans la salle, certains sont sceptiques à l’idée qu’on puisse réunir autant de monde autour de la Chouette, le petit nom de la future monnaie dijonnaise. Les organisateurs font remarquer que nombre de monnaies locales déjà créées fonctionnent sur des petits territoires et que la notion à retenir est plutôt celle de bassin économique.

Mais au fait, c’est quoi une monnaie locale ?

C’est d’abord un moyen de générer des échanges économiques et de la richesse au niveau local.

Voici la définition qu’en donne Le Labo, think tank de l’ESS sur son site :

Les Monnaies Locales Complémentaires servent à dynamiser l’économie locale et les échanges solidaires. Comme on ne peut la dépenser que localement, une MLC retient l’argent dans l’économie locale et donc la favorise. Elle consolide, enrichit et préserve les échanges et le lien social. En développant notre conscience de consommateurs (consom’action) ou de producteurs, une MLC questionne nos besoins, notre engagement, notre responsabilité. Comme elle favorise les produits locaux, elle réduit notre empreinte écologique et recrée une société ancrée sur son propre territoire qui favorise la création d’emplois locaux.

Elle permet donc à des acteurs économiques d’un même territoire de pouvoir échanger des biens et services locaux. Si mon voisin garagiste ou mon épicerie bio acceptent La Chouette, je pourrai les payer avec cette monnaie locale. Eux pourront de même payer leurs achats chez leurs fournisseurs locaux, voire payer leurs salariés en partie avec des Chouettes. Tout le monde est ainsi incité à consommer local donc à faire produire local. CQFD.

img_1200

Christelle, porteur de projet de La Chouette.

Rassurez-vous, pas question pour autant de ne plus utiliser ce bon vieil Euro, comme l’a expliqué Christelle, l’une des porteurs de projet dijonnais :

« Une monnaie locale c’est une monnaie complémentaire à l’euro, ce n’est pas fait pour le remplacer. L’euro permet de créer des échanges entre pays européens et de créer des échanges planétaires. Mais on se rend compte que les territoires sont dépendants d’approvisionnement lointains plutôt que locaux, ce qui les appauvrit et baisse leur autonomie. Les monnaies locales ont été inventées pour cela, pour que la richesse reste sur le territoire, pour créer des liens et soutenir l’économie locale en créant des échanges purement locaux ».

Si on l’appelle monnaie complémentaire, c’est d’ailleurs parce qu’elle est obligatoirement adossée à l’euro, ce qui signifie que

1 Chouette = 1 euro

Et cela a l’air de marcher puisqu’il y a une quarantaine de monnaies locales en France (cliquer sur la carte pour aller vers le site des monnaies locales) et de très nombreux projets en préparation, à découvrir sur la plateforme des Monnaies locales complémentaires :

monnaies-locales-credit-openstreetmag

Si on ne sait pas à coup sûr où part l’euro qu’on va dépenser, y compris au magasin bio, on sait en revanche que notre Chouette sera réinvestie sur notre territoire puisqu’elle n’est valable que là, dans l’économie réelle de ce territoire, dans le réseau de professionnels qui auront accepté de la faire circuler.

Rendez-vous sur le site du mouvement Sol, pour une appropriation citoyenne de la monnaie, qui fédère les monnaies locales en France

Un titre de paiement comme les autres

Si vous vous posez la question de savoir si tout cela est légal, la réponse est : OUI !

Depuis 2014 et la loi Economie sociale et solidaire, l’Etat reconnait enfin les monnaies locales comme un titre de paiement comme les autres.

La loi reconnaît pleinement ces monnaies complémentaires en les soumettant désormais aux dispositions des codes monétaires et financiers. C’est une garantie de sécurité pour soutenir le développement des monnaies solidaires (site du ministère).
.
La structure qui gère la monnaie doit notamment être une structure de l’économie sociale et solidaire (ESS). A Dijon, La Chouette, aura bien le droit de créer des titres de paiement. La monnaie locale émet donc des titres de paiement complémentaires à l’euro, comme c’est le cas par exemple de notre bon vieux ticket restaurant. On peut d’ailleurs, comme pour le TR, payer une partie en Chouette et une partie en Euro.
.

Créer du réseau, de la solidarité sur un micro-territoire

A Dijon, le projet est lancé et un groupe se réunit régulièrement depuis avril. En juillet, la charte des valeurs a été créé avec des valeurs de solidarité, puisque c’est aussi l’objet collectif de la monnaie locale. Pour le moment 280 personnes reçoivent de l’info sur l’avancée du projet et ce sont elles qui ont choisies le nom La Chouette avec d’autres, grâce à un vote sur les réseaux sociaux. Un site internet va bientôt voir le jour.

L’association est aussi en train de choisir une banque éthique et a contacté trois établissements bancaires : la Nef, le Crédit coopératif et le Crédit Municipal (sic!).

Comment les professionnels s’y retrouvent ?

On l’a dit, les monnaies locales ont besoin de consommateurs mais elles ont aussi besoin d’entreprises, de commerçants et d’artisans qui acceptent cette monnaie. Certains étaient d’ailleurs dans la salle de la Péniche. Pour Christelle, pas de panique, cela ne nécessite pas de modifier la comptabilité de l’entreprise :

« Si un commerçant accepte la monnaie locale, toutes les transactions seront comptabilisables dans sa comptabilité ordinaire, comme une espèce, au même titre par exemple que les tickets restaurant ».

Rien ne leur interdit également de faire des promotions en accordant des prix réduits aux personnes qui paieraient en Chouettes.

Le cinéma indépendant dijonnais l’Eldorado est l’un des professionnels qui s’est déjà fait connaitre auprès des porteurs de projet avec une interrogation : qu’est ce que je vais faire de mes Chouettes ? Et c’est bien la première question que doit se poser un professionnel qui veut adhérer au réseau. L’association leur suggère de répertorier tous leurs fournisseurs habituels et occasionnels pour identifier ceux qui accepteraient d’être payés en monnaie locale complémentaire.

Comme l’a expliqué Ludovic, de la Coopérative Prairial de Lyon (épicerie bio), partie prenante militante de la Gonette, il faut arriver à créer ce qu’il appelle des boucles, sortes de cercles vertueux. La coopérative est bureau de change pour ses clients,  paye une partie des salaires en Gonette, paye aussi son comptable en monnaie complémentaire qui lui-même paye d’autres structures, en totalité ou partiellement, avec cette monnaie.Dans cette affaire, ce sont les valeurs inscrites dans la Charte qui attirent et décident les personnes à y aller, et aussi le bouche à oreille entre structures. A Lyon, la coopérative Prairial, de fil en aiguille, livre maintenant 25 restaurants.

.

Crédit schéma : Mrmondialisation

Cliquez sur l’image pour voir l’excellent article en infographie du site Mrmondialisation. Crédit schéma : Mrmondialisation

 

Cela peut générer de nouveaux marchés, flécher des clients qui veulent dépenser leurs Gonettes (ils ne peuvent pas les thésauriser) vers des entreprises ou commerces qui les acceptent. Pour que cela marche, il faut dimensionner le territoire pour que ces boucles économiques puissent exister, en s’appuyant sur les bassins de vie plutôt que les frontières administratives (communes, agglomération).

Comme l’ont expliqué les deux intervenants lyonnais,

Le monde attire le monde, il faut se battre, et après ça roule ! On n’utilise pas une monnaie si on n’a pas confiance, et la confiance ça se construit, avec des partenariats et avec un réseau de professionnels de confiance.

Au niveau national, les monnaies locales fédérées au sein du réseau des monnaies locales complémentaires et citoyennes offre une boite à outils pour se saisir d’un projet et le mener à bien. Et des réseaux réfléchissent à la possibilité d’échanges entre monnaies

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Publicités

Les commentaires sont fermés.