Reprise et transmission d’entreprise, l’autre créneau des Scop ?

Publié: 3 juin 2016 dans Economie, Ecriture presse, Tiers secteur/ESS
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Fabrice Azevedo et Remi Roux.

Remi Roux, co-fondateur de la Scop Ethiquable et président de l’Urscop Midi-Pyrénées, est venu à Dijon le 25 mai dernier, témoigner de son expérience auprès des anciens salariés de Fralib. Il les a accompagnés dans la définition d’une stratégie commerciale pour leur coopérative ouvrière, la Scop Ti. De quoi évoquer avec l’Union régionale des Scop de Bourgogne-Franche-Comté la pertinence d’une reprise d’activité ou d’une transmission en Scop aux salariés, et pas seulement lorsque l’entreprise est en difficulté. La rencontre était organisée par l’association  Equi’Max (commerce équitable) et animée par Fabrice Azevedo, directeur de l’Urscop de notre région.

Depuis 2013, le mouvement national des Scop a appuyé son action en direction des transmissions d’entreprise. Il a créé pour cela un site dédié, jetransmetsamessalaries.fr, et s’évertue à convaincre les chefs d’entreprise et les salariés que la solution est à leur portée. Et le réseau des Scop est là pour accompagner le projet, même si la reprise d’entreprises en difficulté ne représente que 12 % des créations de Scop, et la transmission d’entreprises saines 20 %, encore assez loin derrière les 57 % de créations ex-nihilo de Scop. (chiffres 2014)

REPRISE D’ENTREPRISE : L’EXEMPLE DE LA SCOP TI, EX FRALIB

Ethiquable, est une Scop basée à Fleurance dans le Gers, 69 salariés dont 48 sociétaires et 20 millions d’euros de CA en 2015. Elle s’est faite une spécialité de la vente des produits du commerce équitable à sa marque éponyme, connue notamment pour sa présence en grande distribution, avec l’idée d’offrir des débouchés et des volumes plus importants aux organisations de producteurs dont elle défend les valeurs. Rémi Roux est l’un des fondateurs de la Scop Ethiquable. Il en est le gérant élu et le directeur commercial. Il est par ailleurs président de l’Union régionale des Scop de Midi-Pyrénées et membre fondateur du Mouvement des Entrepreneurs sociaux.

Crédit Photo Ethiquable.

C’est cette spécificité de la vente de produits de grande consommation, assez peu répandue dans le monde des Scop, et de surcroit commercialisés en grande distribution, qui ont fait de Rémi Roux le bon interlocuteur pour aider les ex-salariés de Fralib à se lancer dans l’aventure de la reprise d’activité – des thés et infusions – en Scop.

« Unilever avait décidé de fermer le site de Géménos, près de Marseille, qui fabriquait les thés de la marque Eléphant pour les faire fabriquer dans un pays d’Europe de l’Est », résume Rémi Roux, venu témoigner de son expérience. « Le combat a duré quatre ans, et à un moment donné, les salariés ont eu envie de faire un projet de reprise en Scop de l’usine « .

Ils se sont donc adressés à L’Union régionale des Scop de leur région. Mais au moment où s’est posée dans le projet la question de la distribution des produits, il fallait, compte tenu de la taille de l’usine, travailler avec la grande distribution. « C’était compliqué parce que les salariés n’étaient pas des entrepreneurs. Leur cheminement intellectuel était difficile. D’autre part, ils connaissaient la partie fabrication mais pas du tout la partie distribution et stratégie commerciale », témoigne-t-il.

Côte-d'Or, Dijon, 25/05/2016 - Rencontre avec Fabrice Azevedo (directeur de l'URSCOP Bourgogne Franche-Comté) et Rémi Roux (président de l'URSCOP Midi-Pyrénées) organisée par l'association Equi'Max.

Côte-d’Or, Dijon, 25/05/2016 – Rencontre avec Fabrice Azevedo (directeur de l’URSCOP Bourgogne Franche-Comté) et Rémi Roux (président de l’URSCOP Midi-Pyrénées) organisée par l’association Equi’Max.

Celui qui est à la fois le gérant et le directeur commercial de la Scop Ethiquable a d’ailleurs également accompagné une autre reprise en Scop, celle de l’entreprise de glaces alimentaires Pilpa.

Avec les ex-Fralib devenus ScopTi, il définit une stratégie : comment distribuer, où, quel type de produits ?

La première démarche a consisté à poser l’équation : une marque = un réseau.  » Si les magasins spécialisés veulent exister, ils ne peuvent pas faire les mêmes produits que la grande surface, qui peut casser les prix, travaille sur des gros volumes avec des marges plus faibles « .  L’option choisie sera celle d’une marque GMS (grande et moyenne surface) et d’une gamme pour les magasins spécialisés bio. Il faudra ensuite trouver un directeur commercial et un « compte clé », la personne qui négocie les référencements nationaux. Des recrutements délicats dans une scop au fonctionnement très collectif, avec 50 salariés soudés par quatre ans de lutte.

Aujourd’hui, la marque 1336 est créée (pour 1336 jours de lutte) et les premiers référencements en GMS sont actés. Le chemin est encore long mais c’est un chemin. « Même le Auchan d’Aubagne, où les Fralib ont fait pendant quatre ans de nombreuses actions syndicales, a discuté avec eux ». Pour la gamme bio, il faut plus de temps mais la démarche est en cours.

TRANSMISSION D’ENTREPRISES SAINES : UN CRENEAU POUR LES SCOP

Selon Fabrice Azevedo, directeur de l’URSCOP de Bourgogne-Franche-Comté, il faut pourtant sortir de l’idée que le statut Scop ne peut être actionné qu’en cas de difficulté de l’entreprise. « Nous voyons de plus en plus de transmissions d’entreprises saines, reprises par les salariés « . Ce nouvel axe stratégique a été impulsé par le niveau national, qui a beaucoup investi depuis 2013 sur l’axe « transmission ». « Grâce au site internet, nous sommes identifiés comme étant un réseau pour la transmission d’entreprises. Des salariés ont pu dès lors identifier et interroger notre réseau ».

Les campagnes importantes de communication radio déclinées au moment du lancement du site ont été conçues elles à destination des chefs d’entreprise. En région, l’Urscop avait fait, avant même le lancement national,  une incursion sur cette thématique, avec une campagne auprès des chefs d’entreprise locaux : «  A partir de bases de données, nous avions ciblé des entreprises où le dirigeant avait plus de 55 ans, l’entreprise plus de 8 salariés (pour disposer de suffisamment de compétences), en excluant des secteurs d’activité particuliers sur lesquels les Scop ne sont pas le « bon » statut (commerce par exemple) ». Mais sur un marché de niche, le résultat était resté décevant.

Côte-d'Or, Dijon, 25/05/2016 - Rencontre avec Fabrice Azevedo (directeur de l'URSCOP Bourgogne Franche-Comté) et Rémi Roux (président de l'URSCOP Midi-Pyrénées) organisée par l'association Equi'Max.

Côte-d’Or, Dijon, 25/05/2016 – Rencontre avec Fabrice Azevedo (directeur de l’URSCOP Bourgogne Franche-Comté) et Rémi Roux (président de l’URSCOP Midi-Pyrénées) organisée par l’association Equi’Max.

La campagne nationale a fait bouger les choses :  » On voit les projets arriver et finalement on en a plus que de projets de créations ex nihilo. Certes il y a un phénomène démographique, mais cela n’explique pas tout. Avant, on ne voyait jamais les dirigeants, et maintenant on les voit. En ce moment nous avons trois projets en cours dont ce sont les dirigeants qui sont venus nous voir ».

C’est d’autant plus important que quand ils sont moteurs, ce sont eux qui vendent le projet Scop aux salariés. Et pour vendre la Scop aux chefs d’entreprise, Fabrice Azevedo et Rémi Roux  s’accordent pour dire que rien ne vaut la parole d’un autre chef d’entreprise.

En Midi-Pyrénées, Rémi Roux évoque le cas de plusieurs entreprises de BTP bien connues de la région dont les dirigeants ont été moteurs pour la promotion de la Scop comme outil de la transmission d’entreprise.  » Dans le Tarn, quelques chefs d’entreprises en Scop membres de l’union régionale sont aussi à la chambre de commerce, à la chambre des métiers, ils ont leur réseaux, ils en parlent. Et quelques PME emblématiques, 30 à 40 personnes, ont été cédées par les dirigeants à leurs salariés. Comme par exemple la fonderie Gillet, implantée depuis 1687 à Albi et qui allait mourir. Une véritable institution dans la région qui a été transmise aux salariés. Du coup le Tarn est devenu un département important en Scop ». Et de conclure : « Le premier prescripteur, ce sont bien sûr les coopératives elles-mêmes. Si le dirigeant sait en parler, l’idée peut se diffuser ».

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