Refab à Dijon : la marque du vélo urbain tagué économie circulaire

Publié: 11 décembre 2015 dans Economie, Ecriture presse, Tiers secteur/ESS
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Un Refab terminé et équipé d’accessoires sympas : selle et poignées cuir, panier osier, sonnette liberty.

Démarrée comme atelier d’auto réparation pour des passionnés du vélo en ville, la Bécane à Jules de Dijon embrasse les multiples facettes du vélo urbain jusqu’à développer sa propre marque, Refab, fondée sur le réemploi. Elle a su grandir sans renoncer à ses valeurs, celles de l’Économie sociale et solidaire, en passant du statut d’association à celui d’entreprise coopérative. Reportage dans la filière d’économie circulaire locale de réemploi des cycles.

Article à consulter en PDF, paru dans le numéro 4472 du Journal du Palais de Bourgogne 16-22 novembre 2015

Lucas est venu m’attendre devant le restaurant l’Etape à Longvic, situé à deux pas des nouveaux ateliers, sur l’ancien site d’Hoover. C’est ici que va se concrétiser le « changement de braquet » de la Bécane à Jules, passée en quelques années d’un simple atelier associatif de réparation à une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) de 11 salariés, entièrement construite autour des usages du vélo urbain.

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4.000 vélos en stock ! Les lieux ne sont encore occupés que par une partie du stock de 4.000 vélos qui attendent sagement d’être réemployés. Dans quelques jours ce travail de démontage, révision des vélos et fabrication se fera sur place, les locaux situés en ville, rue de l’Ile, étant réservés à l’autoréparation et au vélo à la carte. Les 700 mètres carrés des ateliers abriteront aussi un magasin de pièces détachées performant : « nous avons calculé que jusque-là nos salariés perdaient jusqu’à une heure et demi par semaine à la recherche de pièces » précise Céline Noël, directrice de la SCIC.

Entre temps, ces pièces redeviendront comme neuves, nettoyées par les deux machines-outils acquises grâce aux 11.500 euros collectés via le site de financement participatif Ulule. Quatre personnes vont travailler à plein temps sur les lieux. La Bécane à Jules industrialise ainsi son expérimentation : la création d’une marque de vélos presque exclusivement conçus avec des pièces de réemploi. Son petit nom ? Refab Dijon.

DE LA PIÈCE DÉTACHÉE AU VÉLO REFABRIQUE

150 vélos dès 2016. Pour le moment, une soixantaine de vélos ont été produits, mais l’objectif est de passer à 150 dès 2016. La demande est là, générée par un air du temps qui prône le respect de l’environnement, le retour au vintage, le goût pour l’objet unique. Bien loin de l’hyper-standardisation proposée par les grands distributeurs qui inondent chaque année le marché de 2,9 millions de vélos fabriqués en Asie du Sud-Est : « des vélos loisir qui pour la plupart ne pourront même pas être recyclés tant leur qualité est mauvaise et leur obsolescence programmée », déplore Jean-Christophe Barre, fondateur et chargé de projets de l’entreprise.

Un truc de bobo ? « Pas du tout », répond Céline Noël, « car nous gardons en tête notre préoccupation première, fournir un vélo au meilleur prix pour des déplacements quotidiens ». Pour en arriver là, La Bécane à Jules a construit avec le temps sa propre filière locale de réemploi. Et sur ce terrain, elle n’est pas seule.

Selon une étude réalisée en 2013 par l’Heureux Recyclage avec l’Ademe, de nombreuses structures de l’ESS se sont lancées dans l’aventure, recycleries, ateliers-vélo participatifs, chantiers d’insertion, communautés Emmaüs. Mais peu ont poussé aussi loin la carte du réemploi.

La filière déchetterie. Ce matin, Jean-Christophe Barre est passé à la déchetterie de la COVATI, à Is-sur-Tille. C’est ici que se fait le gros de la collecte, des vélos de particuliers qui échappent ainsi à la ferraille. Une cinquantaine sont ainsi récupérés chaque mois, stockés dans un container fermé. En échange, La Bécane à Jules y a créé ses premiers Refab Collectivités, une flotte de vélos blancs, floqués Covati, pour les enfants du centre de loisirs de Marsannay-le-Bois. L’animateur du centre est formé pour les petites réparations, et une fois par an la Bécane à Jules vient assurer le gros entretien et animer un atelier avec les enfants.

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Une grosse partie des vélos récupérés vient de la déchetterie d’Is-sur-Tille. En attendant le retrait mensuel, les vélos sont stockés dans un container maritime.

Former des réparateurs. Un filon, celui de la flotte d’entreprise ou collectivité, que La Bécane à Jules entend bien développer. Et ce n’est qu’un des usages de réemploi des vélos ! La structure dijonnaise a multiplié les « débouchés » pour ses vélos récupérés, entiers ou en pièces détachées. Partie de l’auto-réparation – des cyclistes urbains qui viennent réparer leur vélo contre une petite cotisation – elle est passée à la réparation, un service quasiment disparu : « avec le flux du vélo jetable, on est arrivé à la disparition du métier. On forme des vendeurs de cycles, plus des réparateurs. On nous appelle de la Saône-et-Loire, de la Nièvre », diagnostique Céline Noël.

LA BECANE A JULES EN CHIFFRES

 

VÉLO URBAIN, VÉLO TRAVAIL

De la réparation à la révision puis revente de vélos d’occasion il n’y a qu’un pas, que la structure a rapidement franchi, conservant ses meilleurs vélos pour la revente. En 2014, La Bécane à Jules a ainsi revendu autour de 360 vélos d’occasion : « sur 10 vélos récupérés, 7 peuvent être facilement remis en circulation, tandis que les 3 autres nécessitent plus de travail. Ce sont ceux-là que l’on passe en filière Refab ».

Vélo pièce unique. Elle produit ainsi une gamme de vélos fabriquée à partir de pièces récupérées : « le vélo est entièrement démonté, repeint, et remonté avec 70 à 75 % de pièces de réemploi ». Un vrai bonheur selon Jean-Christophe Barre, qui s’émerveille devant des pièces « vintage » Campagnolo ou Simplex « fabriquées pour durer » et dont la valeur dépasse de très loin le prix de la ferraille.

L’idée est aussi de créer un vélo qui, s’il est désormais produit en série, restera quand même une pièce unique, adaptée à la pratique au quotidien : « les trois quarts de nos clients sont des femmes, car l’offre de vélos féminins est faible et néglige l’ergonomie, un guidon haut, une selle confortable, qui pourtant permettent d’en faire un vélo de mobilité ».

Des séries à petit prix, des modèles pour les randonneurs à vélo, plus résistants, devenir organisme de formation sont des pistes en cours d’exploration. L’entreprise, qui a déjà reçu le prix de l’institut de l’économie circulaire et est agréée entreprise solidaire, ne compte pas s’arrêter là et réfléchit développement, notamment du côté de l’usage du vélo au travail.

Remboursement kilométrique. Celle des flottes d’entreprise vient d’être boostée la loi, applicable dès 2016, qui permet de défiscaliser 25 % de la somme investie . Autre coup de pouce qui devrait s’appliquer d’ici la fin de l’année, avec la création d’une indemnité kilométrique de 25 centimes, « prime au cycliste » pour les salariés venant au travail à vélo.Malheureusement, elle ne sera que facultative, suite au vote du 1er décembre 2015.

voir l’article très complet sur le site Planète Info :

http://www.notre-planete.info/actualites/4037-indemnite-deplacement-velo

Carte maitresse enfin pour Refab Dijon que celle du vélo-tourisme urbain, qui prendra tout son sens avec le classement Unesco et la future Cité de la gastronomie. De beaux jours à bicyclette en perspective pour Jules et sa bécane.

Sylvie KERMARREC

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