groupe Femmes et vins de Bourgogne sepia couleur

Le réseau Femmes et Vins de Bourgogne fête cette année ces 15 ans d’existence. Il regroupe 37 femmes dirigeantes de domaines viticoles, elles-mêmes affiliées à Femmes de Vin, un réseau national de 200 adhérentes. Crédit Photo Femmes et Vins de Bourgogne.

Lire en pdf l’article paru dans le Journal du Palais de Bourgogne du 20 au 26 avril 2015.

En permettant aux femmes cadres, créatrices et cheffes d’entreprise d’échanger, de s’entraider, de se former sans pression, les réseaux professionnels de femmes favorisent une pratique bienveillante du réseautage qui fait encore trop souvent défaut aux femmes. Tour d’horizon de quelques réseaux bourguignons, et une interview d’Emmanuelle Gagliardi, de Connecting Women, une agence spécialisée dans la mixité hommes-femmes dans l’entreprise.

En France, seules 30 % des entreprises sont créées par des femmes, 32 % en Bourgogne selon les chiffres de l’Insee. La situation n’est pas plus brillante dans les conseils d’administration des grandes entreprises (31 %) ou les comités de direction. Ces statistiques tracent les contours d’une réalité encore difficile pour les femmes, confrontées à l’obligation de porter seules vies professionnelle et familiale, immergées dans un univers masculin dont elles n’ont pas toutes les clés.

Face à ces constats, des femmes créent des réseaux professionnels dédiés. C’est le cas en Bourgogne, où ils émergent un peu partout sur le territoire, et affichent un objectif commun : offrir une solidarité active, dans un espace sans compétition où la parole est libre. En faisant échanger les femmes sur leurs expériences, ils permettent aux plus aguerries d’aider les autres à surmonter leurs difficultés et à prendre confiance.

Les échanges portent sur des sujets rarement évoqués dans les réseaux mixtes : l’équilibre des temps de vie, le statut marital, la santé, la confiance en soi… « La force de l’association est de rompre l’isolement de la créatrice. Quand on a plusieurs casquettes de femmes et cheffes d’entreprise et si des difficultés arrivent, avec des conseils de personnes qui ont connu les mêmes problématiques, on peut avancer !» abonde Magalie Conduteau de Créez comme Elles à Sens (89).

Isolement, grande solitude, sont des maux auxquels le réseau apporte un véritable « antidote», selon Claire Doutremepuich de Jeudi au Féminin (89), un réseau d’une dizaine d’entrepreneures indépendantes. Au Pôle Femmes de la CGPME de Saône-et-Loire, un club d’une centaine de femmes cheffes d’entreprises, l’ancienne présidente, Marielle Teyre-Kirat, confirme : «Un homme qui parle de ses problèmes, cela n’existe pas ! Nous, c’est l’inverse, nous avons une liberté de parole très importante. On appelle au secours et le réseau se mobilise».

ET TOI, TU FAIS COMMENT ?

De fait, ces réseaux servent à « promouvoir les femmes par les femmes » et peuvent se révéler un maillon fort pour booster la création d’entreprise au féminin. K’elles Energies réunit à Dijon quarante femmes salariées ou entrepreneures. Elles aiment « aider des salariées prêtes à franchir le pas, susciter le passage à l’acte de la création d’entreprise » détaille sa présidente, Laurence Berthoud-Lafarge.

Une activité qui s’apparente à du marrainage, comme pour la Table Carrée. « Un club de vingt dirigeantes qui accompagnent des porteuses de projet », détaille Céline Rabut (Ifore), sa créatrice. Le marrainage met en avant des « role models », des femmes inspirantes : elles ont réussi et transmettent confiance et énergie aux nouvelles arrivantes.

« Ne pas avoir de réseau, surtout si on est cheffe
d’entreprise,c’est comme avancer à cloche pied ! »

 

N’imaginez pas pour autant ces réseaux comme des clubs de « sachantes » qui dispenseraient leurs bonnes paroles aux impétrantes. Bien au contraire ! Ils se construisent sur un modèle de gouvernance qui écarte la compétition et les hiérarchies. « Nous pouvons être en concurrence dans nos domaines, mais jamais en compétition dans le réseau », tient à préciser Virginie Taupenot de Femmes et Vins de Bourgogne. Ce qui n’exclue pas qu’on y parle business, bien au contraire !

Ces réseaux professionnels sont là aussi pour donner aux femmes les clés manquantes dans la compétition du monde de l’entreprise. Sous la forme de réunions-ateliers conviviaux et efficaces – manque de temps oblige – ils mêlent développements professionnel et personnel, deux aspects encore indissociables de la vie des femmes. « Une fois tous les deux mois, nous nous retrouvons pour un déjeuner. Un thème professionnel occupe la première partie, la deuxième est un tour de table : une minute pour se présenter soi-même, son actualité et demander un conseil ou un soutien aux autres membres», égraine Claire Doutremepuich.

Autant d’idées neuves et de « bouffées d’oxygène » pour relancer la créativité et booste la confiance. Ces interventions sont souvent réalisées par les membres, qui partagent ainsi leurs savoirs et aiguisent leur image. Chaque réseau organise aussi un évènement annuel, l’occasion de fournir une vitrine à l’organisation (voir encadré).

RÉSEAUTER EN PAIX

Loin d’être un modèle enfermant, le réseau féminin donne l’opportunité de s’essayer au réseau. Pour Marielle Teyre-Kirat, le club est « une entrée des plus sécurisantes pour les nouvelles adhérentes CGPME, avant de se lancer dans le grand bain ». Ce que confirme Emmanuelle Gagliardi de Connecting WoMen Agency (CWA) : « le réseau féminin n’est pas une fin en soi, mais le networking, le réseautage, cela s’apprend ! Il est donc indispensable pour les femmes de s’exercer dans un univers bienveillant. C’est un tremplin pour aller vers l’extérieur ».

D’autant plus que le réseau est l’un des piliers majeurs, trop souvent négligé par les femmes, de la réussite en entreprise. « Dans nos formations, nous voyons des quarantenaires qui, par manque de disponibilité, ne se sont jamais intéressées aux réseaux, avec un retard énorme sur leurs homologues masculins ». Alors que le réseau, au même titre que le diplôme ou l’expérience professionnelle, est une condition sine qua non de la réussite. « Ne pas avoir de réseau, surtout si on est cheffe d’entreprise, c’est comme avancer à cloche pied ! ».

Sans lui, difficile de briser le « plafond de verre », d’atteindre les fonctions dirigeantes – 75 % des offres d’emploi sont pourvu par les réseaux – ou de convaincre des investisseurs masculins. D’ailleurs, celles qui créent les réseaux ou les rejoignent adhèrent à un âge où elles ressentent fortement ces disparités, « lorsqu’elles se rendent compte que la barque se charge et que les dés sont pipés » explique Laurence Berthoud-Lafarge.

En revanche, l’essayer c’est l’adopter ! Les femmes lui restent fidèles et le cas échéant en créent de nouveaux, soit par essaimage d’un réseau existant – K’elles Energies, Jeudi au Féminin, Créez comme Elles – soit ex- nihilo. Comment aller plus loin ? « En portant cette parole à l’extérieur du réseau », espère Delphine Zenou, déléguée régionale aux droits des femmes. Elle espère fédérer et impliquer ces femmes de réseaux pour la promotion de l’entreprenariat féminin via la plateforme bourguignonne Les Entrepreneuses(2), créée avec Bourgogne Active.

L’INTERVIEW : EMMANUELLE GAGLIARDI de CONNECTION WOMEN AGENCY

Emmanuelle Gagliardi dirige avec Carole Michelon Connecting WoMen Agency, une agence de communication spécialiste de la mixité hommes-femmes dans l’entreprise. En lien avec 450 réseaux féminins, elles ont écrit le guide Réseaux au Féminin (2013) et organisent Le Printemps du Networking et Le Forum de la Mixité.

Emmanuelle Galiardi CREDIT PHOTO Barbara Buchmann

« Il faut inciter les jeunes filles à réseauter
dès la fin de leurs études »

 

A quoi servent les réseaux professionnels de femmes ?

Ils sont un levier très important dans la carrière au féminin : les femmes n’arrivent pas à dépasser le plafond de verre par manque de réseau. C’est encore plus vrai pour les entrepreneures : elles montent des petites entreprises, avec de petits budgets, on leur accorde des petits prêts. Et quand elles veulent lever des fonds, les investisseurs sont à 90 % des hommes. Le réseau apporte du soutien, de la confiance, une veille technologique et des contacts indispensables.

Vous avez établi une typologie de ces réseaux…

D’abord les réseaux des « perdues de vues », les anciennes d’écoles ou d’universités. Puis les réseaux par secteurs : même univers professionnel, mêmes études. On y pratique l’entraide professionnelle, la veille sectorielle, des échanges sur les outils de la profession. On ne sort pas trop de sa zone de confort, c’est assez clonique. A contrario les réseaux transversaux accueillent des profils très divers. Ils préparent au réseautage dans la vie professionnelle et s’avèrent très précieux pour changer d’orientation : avec des rencontres en dehors du premier cercle, ce type de réseaux ouvre le champ des possibles. Quant aux réseaux féminins d’entreprise, nés dans les majors du CAC 40, ils s’étendent aux ETI, experts comptables, avocates… Enfin, on trouve les réseaux de créatrices, en plein boom.

Quelles sont les évolutions en marche dans ces réseaux ?

D’abord la question de l’ouverture aux femmes non cadres que les réseaux de femmes, très solidaires, sont en train de mettre en pratique. Les réseaux en entreprises sont d’ailleurs déjà interservices et ont évacué la notion de hiérarchie.

Mais c’est aussi l’ouverture vers les hommes ! Ces réseaux doivent provoquer des rencontres sur la parentalité, les stéréotypes, l’articulation des temps de vie. Il y a des hommes coincés dans ce modèle du « plus j’ai d’enfants, plus je travaille », auquel ils se sentent obligés de se conformer. Ils pourraient aider à faire basculer les mentalités.Les femmes arrivent avec un nouveau modèle de société et d’organisation en entreprise favorisé par les nouvelles technologies : halte au présentéisme, plus de télétravail, de flexibilité. Mais ce qui est bon pour elles est bon pour les hommes aussi !

La troisième tendance est celle des fédérations de réseaux, qui font du lobbying, utilisent les marrainages de femmes d’influence. Enfin, les réseaux essayent de toucher des femmes plus jeunes. Par exemple par des invitations mères-filles. Les jeunes filles, naïves, pensent qu’elles sont « un homme comme un autre » dans l’entreprise ! Puis elles découvrent qu’elles n’ont ni les mêmes salaires ni les mêmes perspectives. Il faut les inciter à réseauter dès la sortie des études, à en faire une activité professionnelle comme une autre.

 

DES PIONNIERES : FEMMES ET VIN DE BOURGOGNE

Femmes et Vins de Bourgogne a été créé en 2000 par six pionnières, dont Virginie Taupenot (domaine Taupenot-Merme), l’actuelle présidente. Il réunit 37 femmes de Chably à Mâcon, toutes vigneronnes.

Virginie Taupenot

Virginie Taupenot dirige avec son frère le domaine Taupenot-Merme, 13 hectares en Côte de Nuits et Côte de Beaune et 19 appellations AOC, des régionales aux grands Crus (Charmes Chambertin, Mazoyères Chambertin, Clos des Lambrays, Corton…). CREDIT PHOTO : Jean Louis Bernuy.

 « On a toutes besoin les unes des autres »

Ces propriétaires viticoles, qui font la preuve tous les jours que des femmes peuvent reprendre un domaine, se retrouvent « pour échanger professionnellement et s’entraider au quotidien, y compris en cas de coups durs ». Elles ont créé ce réseau aussi « pour pouvoir s’exprimer plus librement, sans jugement », ajoute Virginie Taupenot.

Si les débuts ont parfois donné lieu à des incompréhensions (le « MLF du vin »), avec le temps la reconnaissance s’est installée : « la confrérie du Tastevin nous a invitées à intervenir aux Chapitres du Clos de Vougeot, le groupe Ducasse nous a associées à un évènement au Japon, la maison Lameloise à Chagny a mis nos vins à la carte »…

Pour autant, l’association n’a pas de vocation commerciale, même si le réseau participe aux Grands Jours de Bourgogne. Elle permet plutôt d’insuffler une « image de la Bourgogne, féminine et moderne » dans le monde très masculin du vin. En revanche, « les filles » n’hésitent pas à faire circuler la liste des domaines et à se recommander l’une l’autre.

Elles se donnent des conseils, font ensemble des formations, de la viticulture à la prise de parole en public, et exercent une forme de marrainage bienveillant. Elles-mêmes issues de familles qui ont légué un savoir-faire et un patrimoine, elles transmettent leur passion dans des écoles de commerce, à la Sorbonne, à Centrale…

« Et même à l’école de mes enfants », complète Virginie Taupenot, qui souhaite développer ce concept dans le réseau. L’association est aussi ouverte sur l’extérieur. Elle adhère à Femmes de Vin (7 associations régionales, 200 adhérentes) et échangent avec des femmes d’ailleurs : les Divines D’Alsace, ou les anglaises de Women of Wine.

Enfin, pour Virginie Taupenot, le réseau est une façon de rendre hommage aux générations précédentes : « ces femmes cachées dans les vignes » où elles travaillaient sans reconnaissance, dans l’ombre de leurs époux.

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commentaires
  1. Anonyme dit :

    Je diffuse sans modération à mes amies, collègues, filles…..