De Taille et d’Estoc : Sherlock Holmes au pays du Nom de la Rose

Publié: 4 janvier 2013 dans Ecriture web

Vous ne vous souciez pas de la vérité historique dans les représentations costumées et les films de cape et d’épée ? Passez votre chemin ! A De Taille et d’Estoc, on a la passion de la démarche scientifique. Elle s’applique d’abord  à la recherche sur l’art de combattre depuis le Moyen Âge, puis à l’expérimentation,  lors de séances de reconstitution du geste martial. Tout cela sans se prendre au sérieux et dans une ambiance des plus conviviales …

SONY DSC

Le mouvement est né dans les années 90. Une poignée de passionnés en Europe  s’agace de constater que les films de reconstitutions historiques de combats s’appuient plus sur une vision fantasmée de l’Histoire que sur des sources documentées. Ils commencent donc à rechercher puis éplucher les traités sur le sujet, dont le plus ancien connu remonte à 1360. Ils étudient également les objets d’art  ou usuels  comme l’armement, les livres de compte ou les chansons de geste. C’est le début des  Arts Martiaux Historiques Européens, qui vont rapidement se scinder en plusieurs écoles, de l’escrime artistique à l’étude des comportements sociaux, en passant par l’archéologie du geste martial.

NAISSANCE D’UNE PASSION

C’est cette dernière voie que Fabrice Cognot et Cyril Perrier vont emprunter en 2003 pour créer l’association dijonnaise De Taille et D’Estoc. Fabrice est passionné d’archéologie médiévale, il est cette année doctorant à la Sorbonne, avec une thèse sur l’armement en France du 11ème au 15ème siècle. Quant à Cyril, il est martialiste et accessoirement… ceinture noire de karaté. Ces dix années de passion partagée font de De Taille et D’Estoc une des plus anciennes associations françaises d’arts martiaux historiques, et la plus importante en nombre de bénévoles (120) et d’activités.

Une réussite que Guillaume Vaillaut, vice-président en charge de la communication attribue clairement à sa présence sur le campus : « notre implantation au cœur de l’Université de Bourgogne nous permet de toucher les étudiants, qui sont les personnes les plus intéressées par notre démarche. La plupart viennent de Sciences et  Sciences Humaines et la moyenne d’âge est de 23 ans ».

RETROUVER ET ÉTUDIER LES SOURCES

La France regorge de traités d’arts martiaux égarés ou oubliés ! Autrefois, les savants regroupaient l’état de leurs connaissances dans ces manuscrits, écrits pour un mécène ou un noble, à qui ils livraient ainsi leur science. Ces ouvrages se présentaient sous la forme de livres de dessins très détaillés sur les techniques martiales, agrémentés d’une ou deux phrases explicatives permettant de reproduire le geste. Ce sont ainsi plus de 400 traités qui ont été recensés à travers le monde.

Pour ce qui est de la Bourgogne, Fabrice Cognot a réalisé une découverte majeure en exhumant des archives de la Bibliothèque Nationale de France, où il avait été mal classé, un des quatre manuscrits de l’italien Fiore dei Liberi , rédigé entre 1410 et 1420. En parfait état de conservation, contrairement aux autres exemplaires, c’est une sorte de manuel d’apprentissage, qui contient un système complet d’arts martiaux européens. Un vrai trésor !

Et c’est ce qu’essayent également de faire, chacun à leur niveau, les bénévoles de l’association: « chaque membre est incité à prendre connaissance des ouvrages, traités, traductions, et commentaires, sur  les diverses pratiques martiales, armes, et périodes couvertes par notre discipline ». L’apprenti chercheur peut ensuite présenter ses théories et les expérimenter lors des séances pratiques mises en place par l’association.

RENDRE L’HISTOIRE VIVANTE PAR L’EXPERIMENTATION PHYSIQUE

N’imaginez surtout pas le bénévole de Taille et D’Estoc comme un rat de bibliothèque : respectant la maxime « Mens sana in corpore sano », l’association propose aux adhérents quatre entrainements hebdomadaires. Comme nous l’explique Guillaume Vaillaut, « il ne s’agit pas d’enseigner mais de montrer,  pour donner des clefs de compréhension ».

Les membres de De Taille et d’Estoc s’entrainent dans les installations sportives du Campus. Après un échauffement du corps, les participants s’initient aux différentes techniques de maniements d’armes (dague, épée longue…), avant de finir par des affrontements amicaux. Les lundis et jeudis sont consacrés à l’expérimentation du tronc commun de gestes à maitriser, le dimanche à l’usage de la rapière, très en vogue au 16ème et 17ème. Enfin la séance du vendredi permet à un des membres de proposer un sujet jamais vu ou un auteur peu connu pour expérimenter physiquement avec les autres ce qu’il a découvert.

Et contrairement aux idées reçues, pas besoin d’être un représentant du sexe masculin grand et fort pour y arriver ! « l’association est composée pour un tiers de filles, et elles se débrouillent très bien, que ce soit en terme de recherches ou de martialité. Il n’y a aucune différence entre garçons et filles, ce qui correspond tout à fait à notre état d’esprit ».

Visionnez le clip promotionnel et accédez à la web TV de l’association : 

.

UNE BANDE DE POTES QUI ATTIRENT BEAUCOUP DE BENEVOLES

Au-delà de l’esprit scientifique et cartésien qui souffle sur l’association, les participants l’avouent sans retenue, c’est aussi et surtout pour la convivialité qu’ils sont là. « L’esprit de camaraderie est même inscrit dans nos statuts » confirme Guillaume Vaillaut. Une ambiance d’association qui porte ses fruits, puisque près de 120 bénévoles participent régulièrement aux activités, et qu’une trentaine constitue le noyau dur qui permet de faire fonctionner l’association : « chacun s’investit selon ses choix et ses compétences, il n’y a pas non plus de contraintes en terme de temps passé » souligne Guillaume.

Ce qui permet à l’association d’organiser ou de participer à une foule de manifestations et stages en France comme à l’étranger, à commencer par toutes celles qui sont sur le Campus et à Dijon : « c’est un principe chez nous et c’est comme cela qu’on rencontre de nouveaux bénévoles

 Ecoutez le témoignage de Simon, Vice-Président de l’association :

.

DIJON, CAPITALE MONDIALE DES ARTS MARTIAUX HISTORIQUES EUROPEENS

Mais ce dont les bénévoles sont le plus fiers, c’est de l’organisation des Rencontres Internationales d’Arts Martiaux Historiques Européens, avec une douzième édition prévue  en  2013 à Dijon. Quatre jours de stages où 250 participants du monde entier présentent de nouveaux traités, échangent sur leurs pratiques, et font de la manifestation dijonnaise une des quatre dates majeures de l’HEMAC (Historical Martial Arts Coalition), un club prestigieux composé d’une cinquantaine de chercheurs de tous les pays, et dont font partie deux membres de l’association De Taille et D’Estoc.

Visionner la vidéo de l’édition 2010 des Rencontres Internationales de Dijon :

.

De nombreux projets sont en permanence en gestation dans les têtes bien faites des bénévoles, et l’on chuchote qu’ils pourraient participer en 2013 au retour à Dijon des Pleurants du tombeau des Ducs de Bourgogne, lorsque les fameuses statuettes en albâtre auront terminé leur voyage aux Etats-Unis ! Mais chut ! C’est encore un secret…

Et même si le « costume » officiel de l’association est le Tshirt noir, ne vous y trompez pas, c’est l’ouverture d’esprit qui caractérise le groupe qui ne demande pas mieux que d’élargir le cercle. Alors n’hésitez pas à vous rendre à l’un des entrainements. Et nous nous sommes laissés dire qu’ils avaient aussi fait du bar L’Antre II Mondes  leur  « repère de pirates » pour continuer à faire vivre l’Histoire autour d’une bonne bière …

Les activités en image de  De Taille et d’Estoc, qu’il s’agisse des entraînements, des représentations à Cluny ou de l’organisation des Rencontres Internationales.

Article réalisé dans le cadre du Master 2 Euromédias Journalisme et Communication de l’Université de Dijon, en collaboration avec Angélique Paperin-Sabre – Décembre 2012.

Mis en ligne sur le site de l’Université de Bourgogne, dans la rubrique « l’Association du Mois » :

http://www.u-bourgogne.fr/-L-association-etudiante-du-mois-.html

Des sources complémentaires

Fédération Nationale www.ffamhe.fr

Association canadienne http://dvzk.free.fr/artedimicatoria/

Pour retrouver l’association

Publicités

Les commentaires sont fermés.