Ateliers Système B, pas comme Bond…mais comme bidouille !

Publié: 27 novembre 2012 dans Ecriture web

ATELIERS SYSTEME B, PAS COMME BOND …  MAIS COMME BIDOUILLE !

Vos connaissances en électricité se limitent à la création d’un interrupteur laborieusement réalisé pendant vos cours de techno au collège ? Pas de soucis, vous en savez assez pour venir aux ateliers Système B proposés par La Vapeur. Une émanation directe de la philosophie anglo-saxonne du DIY, Do It Yousef. Retour sur la matinée « Switch Army » du 27 octobre dernier.

Silence studieux dans la grande salle de La Vapeur, transformée pour l’occasion en un atelier bricolage. L’objectif de ce matin est de fabriquer par soi-même une pédale à effets multiples.

LA PHILOSOPHIE DU DO IT YOURSELF

On est en plein dans le DIY, qu’on pourrait traduire par « faites-le vous-même ».

Un mouvement qui regroupe à la fois des musiciens, qui tentent de tout faire par eux-mêmes, et des activités visant à créer seuls des objets technologiques ou artistiques. On sort du schéma producteur/consommateur consumériste pour entrer dans un fonctionnement plus participatif dont l’échange de savoirs, d’expériences et de plaisirs créatifs est le moteur. Le détournement et le recyclage d’objets sont aussi au cœur de ce mouvement.

DEUX ANIMATEURS ATYPIQUES

Stéphane Vallières et Julien Millot sont les deux animateurs de cet atelier Système B. Bien qu’ayant des parcours très différents, c’est l’amour de la musique et de l’approche DIY qui les a réunis.

Stéphane est auto-entrepreneur, il fabrique des pédales et des petits synthétiseurs pour des musiciens amateurs et professionnels. Il anime régulièrement des Ateliers Musiques Lourdes, une référence au rock heavy dont il est fan. C’est par passion et tout seul, grâce à internet, qu’il a appris à « bidouiller » dans l’électronique.

Julien Millot quant à lui a un parcours atypique mais finalement c’est un cheminement de pensée très cohérent qui l’a amené à se tourner vers la démarche du DIY.

Julien est géologue de formation, et il a travaillé plusieurs années dans le traitement du signal pour des grands groupes pétroliers. Du désert algérien aux profondeurs marines de l’Angola, il a exploré le monde et s’est intéressé de près à l’électronique et à la notion de signal comme moyens de communiquer des informations.

Passionné depuis l’enfance par la musique synthétique et sa capacité à faire jouer des violons ou des pianos qui n’existent pas, il a commencé par bidouiller des sons pour les synthétiser. Beaucoup de tentatives plus ou moins réussies, et des objets sonores qui marchaient -très- rarement comme il le souhaitait mais avec des résultats surprenants et intéressants.

« D’où l’idée de détourner des objet à l’opposé de leur usage initial  pour fabriquer des machines avec des lumières et des sons inattendus ».

Aujourd’hui responsable qualité dans une entreprise, un métier où il édicte lui-même les normes, les ateliers DIY sont pour lui une soupape, pour introduire un peu de désordre créatif,  » une façon de réintroduire de l’aléatoire et du rêve ».

Une formule qui s’exporte bien puisqu’il a animé depuis 2008 « des ateliers similaires à Lyon, Tours, Berlin, Lausanne, un peu partout en Europe ».

Comment les deux animateurs définissent-ils leur rôle dans l’atelier ?

Stéphane : « ici, l’idée est de fabriquer par soi-même une pédale qui va diriger le son d’une guitare vers différents amplis, c’est une sorte d’aiguillage, avec une boucle d’effets. Julien et moi, nous sommes là pour montrer comment ça marche et comment relier les éléments entre eux. On teste tout ensemble, ce qui permet aux participants d’apprendre de leurs erreurs et de progresser par eux-mêmes avec notre aide ».

Julien : « l’idée de l’atelier d’aujourd’hui est de jouer avec le traitement du petit signal, et de détourner l’utilisation de certains effets, puis de les centraliser sur une seule pédale, facile d’utilisation ».

DE LA BIDOUILLE CREATIVE

Pour la réaliser cette pédale, rien d’extraordinaire, on utilise des composants connus de la plupart des musiciens : prise jack, potentiomètre, interrupteurs … et les techniques de base de l’électricité, de la soudure et de l’assemblage de kit. Les éléments sont fournis, et les deux animateurs progressent pas à pas avec les participants.

L’atelier dure 3 heures et l’idée c’est bien sûr de repartir avec sa pédale prête à l’emploi.

« Aujourd’hui », ajoute Stéphane, « beaucoup de musiciens font leur matériel tout seul. Ce n’est pas moins cher, mais construire par soi-même c’est vraiment bien ».

Pour Julien, la valeur ajoutée réside aussi dans le côté expérimental des objets construits ensemble. « Par exemple, cet après-midi nous construirons un Theremin, un instrument de musique des années 20 . 2 cellules optiques sur le dessus permettent de commander le volume et la hauteur de son sans toucher les boutons. Il suffit de passer la main dessus, et ces mouvements vont influencer le rendu sonore ».

Une créativité que sont d’ailleurs venus chercher les participants de l’atelier.

MUSICIENS AMATEURS ET ELECTRICIENS NEOPHITES

Thai Binh et Thomas sont tous les deux guitaristes du groupe Black Yards, qui utilise les studios de répétition de La Vapeur.

Thai Binh est particulièrement branché rock psychédélique et musique instrumentale. Pour lui,  » la pédale est utile et pratique pour réaliser plus d’effets, brancher plus de guitares et plus d’amplis ensemble ».

Etudiant aux Beaux Arts de Dijon, il voit également dans cet atelier la possibilité de découvrir l’électronique, qui pourrait lui servir pour faire des installations d’objets dans le cadre de ses études.

Pour Thomas, » le niveau technique est simple, même un enfant de 10 ans peut s’en sortir ». Et il compte bien se servir de cette nouvelle pédale qui viendra compléter sa collection : « j’en ai déjà 5 et je pourrai maintenant les relier entre elles. Celle-ci est vraiment complémentaire et sur-mesure ».

Tim, qui vient de Villars-les-Dombes dans l’Ain, est en seconde et ses cours de techno ne sont pas encore trop loin derrière lui.  Il aime la musique bien sûr – il joue du trombone, de la batterie et de la guitare – mais surtout il aime le bidouillage et l’électronique.

Guillaume joue de la guitare basse, mais c’est surtout la curiosité qui l’a conduit à l’atelier et l’envie de savoir comment ça marche. « En fait, ce n’est pas difficile, avec quelques notions scolaires on y arrive » et l’envie de bidouiller est rapidement satisfaite.

Quant à Elsa – ouf ! une fille dans le groupe ! – elle n’est pas musicienne, mais c’est également la curiosité qui l’a poussée à s’inscrire à l’atelier. « J’avais envie d’en comprendre le fonctionnement. Finalement, avec de bonnes explications ça marche très bien, même si on n’a que des connaissances basiques en électricité ». Avec le plaisir en plus de pouvoir l’offrir à un ami guitariste.

NOUVELLES PRATIQUES, NOUVELLES VALEURS

Les ateliers Système B ont permis de réaliser 4 objets différents, avec des publics de tous les âges.

Bidouiller, bricoler par soi-même, détourner les objets, les ateliers mettent en scène des pratiques qui nous ramènent à l’enfance, mais interrogent aussi le monde dématérialisé et individualisé dans lequel nous vivons.

« Réintroduire de l’aléatoire et du rêve » comme le disait Julien Millot, de la poésie et du désintéressement. Mais aussi, paradoxalement, du réel, du concret, du manuel dans le virtuel.
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Revenez en image sur cet atelier System B, qui a réuni sept participants autour d’une table chargée de composants électriques, un joyeux bordel indispensable pour travailler en équipe au montage de la pédale …

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